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PSG, Euro, avenir : l'interview de Mbappé avec Henry en intégralité

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Publié le 05/12 par Fabien Borne Icon Sport

Kylian Mbappé s'est confié à Thierry Henry pour Amazon Prime. L'occasion pour l'attaquant du PSG et des Bleus d'évoquer l'évolution de son jeu, son association avec Neymar et Messi, son après-Euro ou encore son avenir. Un entretien que nous vous avons retranscrit en intégralité.

Tu as été 6 fois joueur du mois en Ligue 1. Tu dépasses Zlatan, un grand monsieur, ça te fait quoi ?

"Je suis fier parce que ça laisse une trace. Zlatan, ce n’était pas n’importe qui, on sait ce qu’il a fait dans le championnat, on sait ce qu’il a fait dans le club. Passer devant lui, c’est symbolique."

Parfois, je vois des joueurs qui me parlent tout de suite de Ballon d’Or avant de me parler des trophées en équipe. Tu en penses quoi toi ?

"J’étais comme ça aussi, mais quand tu gagnes des trucs importants collectivement… Moi j’ai eu la chance de gagner des choses importantes collectivement et tu réalises qu’en fait ce sont eux qui te propulsent. Toutes les fois où j’ai pensé que je pouvais tout faire tout seul, on n’a pas gagné."

"Il faut qu’on crée quelque chose où on ne soit pas décollé du collectif"

Quand vous attaquez au PSG, c'est un 7+3 et parfois quand vous défendez ça devient un 10-3...

"Je prends l’exemple de City. Je ne pense pas qu’on avait la volonté de ne pas se replacer. Après, on était dans une configuration où on était acculé. On était dans notre camp et on a joué les coups à trois parce qu’on n’avait pas la maîtrise. Et à partir du moment où tu joues les coups à trois, on avait 70 mètres pour faire des contre-attaques et c’est sûr que parfois il y aura des moments où on ne sera pas là en défense. Après on a conscience qu’on doit faire plus. Quand tu as trois joueurs de ce niveau-là, trois joueurs de ce statut-là, on ne peut pas se cacher. On assume ça et je pense que voilà, il faut qu’on crée quelque chose où on ne soit pas décollé du collectif, que ce soit défensivement mais aussi offensivement. Si Messi ou Neymar doit revenir dans ses 60 mètres pour toucher les ballons, bah c’est sûr qu’après on va être décroché. Je pense que c’est quelque chose qu’on doit trouver tous ensemble, mais bien sûr que nous on doit y mettre du nôtre."

J'étais fan du Mbappé de Monaco et après la Coupe du monde 2018, j'ai été un peu moins enthousiasmé...

"J’ai appris un nouveau football. J’ai commencé dans un football de transitions, dans une équipe - Monaco - où c’était aqua boulevard. On jouait, tout le monde me laissait limite marquer. Je suis arrivé à Paris où c’était fini ça. Tous les week-ends c'est du 5-3-2 (en parlant des adversaires), personne ne vient nous chercher. Tout le monde met le bus. J’ai commencé, j’ai joué à droite alors que je n’avais jamais joué à droite. J’ai appris un nouveau football. Tu apprends un nouveau statut, un nouveau vestiaire. Monaco était un grand club, mais quand tu arrives au PSG avec des stars internationales, des gens qui sont des patrons de leur pays, des gens qui ont tout gagné… T’intégrer dans un vestiaire, c’est compliqué aussi. Il y a un prix aussi. On t’a acheté cher, on t’a acheté pour faire autre chose que le neuf et demi. C’était un autre système, d’autres choses, mais j’ai réussi à m’en sortir. Je pense qu’il fallait digérer ça. C’est ce qu’on voit aujourd’hui aussi quand des jeunes joueurs sont transférés dans des nouveaux clubs. Ils sont en difficulté parce qu’on te demande d’autres choses. Aujourd’hui, on te demande de tout de suite être prêt. Il n’y a plus ce côté « oui on veut te développer ». Non, non, non… On ne t’aurait pas acheté aussi cher si on voulait te développer. On t’achète pour avoir des résultats tout de suite."

Passe ou but ?

"Quand tu veux être un joueur spécial, pourquoi choisir quand tu peux faire les deux ? Je suis le meilleur passeur du championnat. Je crois que ça fait trois ou quatre ans que je suis le meilleur passeur de la Champions League. Donc ça prouve que je ne suis pas non plus qu’un égoïste qui ne pense qu’à marquer. Mais je pense que je peux encore le développer ça car je pense que ça ne me limite pas dans mon jeu."

"Peut-être que je mettais trop d’énergie dans autre chose"

Le penalty raté à l'Euro, les sifflets... comment tu t'en es sorti et qui t'a aidé ?

"Quand tu prends un mur et l’Euro c’est un mur, car tu te fais éliminer en huitième de finale et tu rates un penalty, eh bien tout de suite tu te poses des questions parce que ça ne s’est pas bien passé. Donc pourquoi ça ne s’est pas bien passé ? Et après j’ai mes parents. J’ai beaucoup discuté avec ma mère, avec mon père. Ils m’ont dit, en sachant ce qui allait se passer parce que je savais que je voulais partir,  de vraiment me recentrer sur le terrain. Peut-être que je mettais trop d’énergie dans autre chose. Et que ce qui avait fait ma force c’était le terrain et que la meilleure réponse que je pouvais donner, c’était être sur le terrain. Les gens qui payent leur place, ils s’en foutent de tes états d’âme, que tu voulais partir, que tu aies raté un penalty. Ils viennent voir jouer le numéro 7 du PSG, ce qu’il peut faire, ce qu’il sait faire."

Qu'est-ce qui te fait peur ?

"De ne pas gagner, de décevoir. Parce que tu es exigeant avec toi-même. Les gens sont exigeants avec moi, mais moi je le suis encore plus qu’eux. Tu as toujours une sur-exigence envers toi-même. Tu te parles à toi-même. Tu te dis que tu ne peux pas être comme ça, tu ne peux pas décevoir, tu ne peux pas mal jouer. C’est quelque chose qui t’anime tous les jours."

Pour moi, pour l'instant, le patron du PSG c'est toi... Est-ce que tu penses que c'est la même vision pour tout le monde ?

"C’est difficile parce que quand tu joues dans une équipe avec Neymar et Messi, t’autoproclamer patron c’est osé. Maintenant c’est sûr que je suis dans une grande période, l’équipe tourne bien, j’arrive à l’aider au maximum. Mais dire qui est le patron, on s’en fout un peu. Le but, c’est de mettre les trois dans les meilleures conditions parce qu’on est comme on dit en anglais trois « game changers ». Des joueurs qui peuvent changer le match. Tant mieux, c’est comme ça."

"Quoi qu’il arrive, je vais jouer dans un grand club"

Ton anglais est très bon, ton espagnol aussi ? (sourire)

"(Il éclate de rire) Oui, il est très bon, mais c’est parce que j’ai voulu être un grand joueur de foot, un personnage public et quelqu’un d’important. Aujourd’hui, tu ne peux pas vouloir être une star internationale et ne parler que français. Cela n’a aucun sens. Il faut savoir s’adapter à toutes circonstances. Tu arrives là-bas, tu sais parler voilà. (Henry lui demande si ce n’est pas pour autre chose qu’il a appris l’espagnol, sous-entendu pour quand il jouera au Real). Non, avant tout ce n’était pas pour ça. Après si ça me sert (à l’avenir), tant mieux. On ne va pas s’en priver."

La question que tout le monde se pose, c'est quel sera ton avenir...

"Un jour il y a ça, un jour il y a autre chose. Il se passe tellement de nouvelles choses qu’aujourd’hui tu dois prendre le temps. C’est une décision qui n’est pas facile. Quoi qu’il arrive, je vais jouer dans un grand club. C’est pour ça que quand les gens me disaient « tu n’es pas trop déçu de ne pas avoir été transféré ? » je répondais « oui un peu au début c’est normal quand tu voulais partir ». Mais je ne suis pas resté dans un club de National. Je suis dans un club qui veut gagner la Ligue des champions. Et en plus moi je suis Parisien, j’ai toute ma famille ici. Je suis super bien ici, je l’ai toujours dit. C’est juste qu’à ce moment-là je voulais découvrir autre chose."